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Palais de Topkapı : que voir absolument lors de votre visite ?

Palais de Topkapı : que voir absolument lors de votre visite ? Visiter Istanbul sans découvrir le palais de Topkapı serait impensable pour les amoureux d’histoire et de culture. Perché sur la pointe du Sérail au cœur de la vieille ville, ce palais ottoman a été pendant près de quatre siècles le théâtre du pouvoir impérial. Résidence officielle des sultans et centre administratif de l’Empire ottoman, Topkapı a vu défiler les conquérants et abrité jusqu’à 4 000 personnes en son sein. Transformé en musée dès 1924, peu après la proclamation de la République turque, il est aujourd’hui l’un des plus vastes musées-palais du monde, avec ses cours monumentales, ses pavillons exquis et ses trésors inestimables. Tourismania vous emmène à la découverte de ce lieu magique, en vous indiquant que voir absolument lors de votre visite du palais de Topkapı. Un palais impérial au cœur de l’Empire ottoman Derrière ses hauts murs épais (les Sûr-ı Sultani, construits par Mehmed le Conquérant), le palais de Topkapı fut pendant 400 ans le centre névralgique de l’Empire ottoman. Construit dès 1460 sur l’ancien acropole de Constantinople et achevé en 1478, il devint la résidence principale des sultans à la suite de la conquête de la ville par Fatih Sultan Mehmet (Mehmed II). C’est ici que siégeait le Divan impérial (conseil du sultan), que se prenaient les décisions stratégiques et que se rendaient la justice et les lois. En tant que saray-ı hümayun (palais impérial), Topkapı était bien plus qu’une simple demeure royale : c’était une véritable cité dans la cité, dotée de son propre protocole, de serviteurs, d’artisans, d’écoles et même d’un hôpital et de boulangeries.   Pendant près de quatre siècles, du règne de Mehmed II jusqu’à l’avènement du sultan Abdülmecid I^er (qui lui préféra le palais de Dolmabahçe en 1856), Topkapı demeura le cœur politique, administratif et culturel de l’empire. Les ambassadeurs étrangers y étaient reçus avec faste dans la salle d’audience du sultan, les vizirs y tenaient conseil sous l’œil symbolique du souverain, et les janissaires venaient y prêter serment lors des cérémonies de couronnement (cülus) devant la porte de Félicité. Au fil des générations, chaque sultan embellit le palais en y ajoutant de nouveaux pavillons, kiosques ou éléments décoratifs, si bien que Topkapı offre aujourd’hui un panorama architectural unique mêlant le classicisme ottoman et des influences variées du XVe au XIXe siècle. Après la chute de l’Empire ottoman, Topkapı a été converti en musée dès le 3 avril 1924, devenant ainsi le premier musée de la jeune République turque. Le site couvre encore environ 350 000 m² (hors les jardins de Gülhane) et abrite d’innombrables trésors historiques, archives et œuvres d’art. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985, il attire chaque année des millions de visiteurs fascinés par les splendeurs de l’Orient. Prêt pour une visite guidée avec Tourismania ? Suivez le guide à travers les cours, les salles et les jardins de ce palais hors du commun. La Cour intérieure du palais et le cœur du pouvoir Derrière la monumentale Porte Impériale (Bab-ı Hümayun) qui fait face à Sainte-Sophie, le palais s’organise en une succession de cours à l’importance décroissante au fur et à mesure que l’on s’approche des appartements privés du sultan. On traverse d’abord une vaste première cour extérieure autrefois ouverte au public certains jours, où se trouvaient notamment l’église Sainte-Irène (utilisée comme arsenal), la monnaie impériale (Darphane), des entrepôts, le service de boulangerie et même un hôpital. C’est dans cette cour d’honneur, appelée autrefois Alay Meydanı (cour des Cérémonies), que la population venait présenter ses doléances et que se déroulaient des processions officielles, par exemple lors de la circoncision des princes ou de l’entrée au palais d’une nouvelle sultane mère. En franchissant la Porte du Salut (Babüsselâm, aussi nommée Orta Kapı) gardée autrefois par des eunuques africains, on accède à la deuxième cour, cœur administratif du palais. Surnommée Divan Meydanı (cour du Divan) ou cour de la Justice, elle est entourée de portiques ombragés et de bâtiments de service. Au nord de la cour se dresse le célèbre pavillon du Divan impérial (Kubbealtı), une salle à colonnes où le grand vizir et les ministres (vizirs) tenaient conseil et administraient l’Empire en l’absence du sultan. Juste à côté se trouve la petite chambre du Trésor extérieur, où étaient gardés les fonds nécessaires au fonctionnement de l’État (cette bâtisse est aujourd’hui utilisée pour exposer armes et armures ottomanes). Dominant l’ensemble, la fine tour de Justice élève sa silhouette blanche : ajoutée sous Soliman le Magnifique, elle symbolisait l’œil du sultan veillant sur l’équité des décisions prises par ses vizirs. ALT: Vue d’ensemble du palais de Topkapı, avec ses cours successives et ses bâtiments historiques, au cœur d’Istanbul. Au sud de cette même cour s’alignent les vastes cuisines palatines et leurs multiples cheminées. À l’est, un petit kiosque abritait l’école d’Enderun (école du palais). À l’ouest, une porte discrète marque l’entrée du Harem (nous y reviendrons). Le sol en gravier de la cour était autrefois foulé par les pas des janissaires et par… les pattes d’animaux exotiques ! On rapporte en effet que paons, gazelles et même antilopes parcouraient librement cette cour, ajoutant au décor une touche vivante digne des Mille et Une Nuits. De cette cour également, les cérémonies militaires partaient en fanfare : c’est ici par exemple que le sultan remettait au grand vizir le sancak-ı şerif (étendard sacré du Prophète) avant un départ en guerre, pour galvaniser les troupes. Au fond de la seconde cour s’élève la Porte de la Félicité (Babüssaade), petite porte blanche surmontée d’un dais, qui marque l’entrée dans la troisième cour – la cour intérieure à proprement parler. Seuls le sultan et les plus hauts dignitaires avaient le droit de franchir cette porte sans autorisation. C’est véritablement le cœur du palais, le domaine privé du souverain appelé Enderun. On y découvre d’abord, juste en face de la porte, la sobre façade de la salle d’audience du sultan (Arz Odası). Dans ce pavillon carré richement orné à l’intérieur de dorures et de soieries, le sultan recevait en personne ses vizirs pour les réunions importantes ainsi que les ambassadeurs étrangers venus présenter leurs hommages ou leurs doléances. La légende raconte qu’aucun visiteur ne tournait le dos au sultan en sortant : on quittait la salle en marchant à reculons, par respect pour le maître des lieux. Autour de la troisième cour s’ordonnent plusieurs bâtiments essentiels. À gauche de l’audience, la petite mosquée du Sultan (Ağalar Camii) permettait au souverain et aux serviteurs du palais de prier sans quitter l’enceinte. Au centre de la cour, le sultan Ahmed III fit construire en 1719 une élégante bibliothèque octogonale pour l’usage de sa cour personnelle. Ce petit édifice de marbre blanc, orné de tuiles vernissées à l’intérieur, témoigne de l’importance qu’avaient les études et la lecture dans la formation des jeunes pages du palais. Tout autour se trouvaient justement les dortoirs-écoles des ič oğlan (jeunes gens du sérail) aux noms évocateurs – salle des Pages, pavillon des Conquérants, pavillon du Trésorier… – où les futurs hauts fonctionnaires étaient formés aux arts, aux sciences, aux armes et aux lettres. Au fond de la troisième cour, une porte discrète mène vers la salle la plus sacrée du palais : la chambre du Trésor intérieur (appelée aussi pavillon de Fatih), qui abrite aujourd’hui le Trésor impérial. C’est aussi dans cette aile que se situe le pavillon des Saintes Reliques (voir plus loin). Enfin, sur le côté droit de la cour intérieure se trouve l’entrée d’un autre monde clos et mystérieux : celui du Harem. Le Harem impérial : mythes et réalités Le Harem de Topkapı, longtemps source de fantasmes en Occident, était en réalité le lieu de résidence privé de la famille du sultan. Le mot harem vient de l’arabe haram qui signifie « lieu interdit, sanctuaire inviolable ». Par extension, il désigne autant la famille du sultan (épouses, concubines, enfants, mère du sultan…) que l’espace dans lequel cette famille vivait recluse, à l’abri des regards. À Topkapı, le Harem fut véritablement installé à partir du règne de Soliman le Magnifique au XVI<sup>e</sup> siècle : avant cela, les sultans laissaient leur famille vivre au « Vieux Palais » de Beyazıt. Selon les sources ottomanes, c’est la sultane valide Nurbanu (mère de Murad III) qui aurait organisé le transfert définitif du Harem au palais de Topkapı vers 1570. Pendant près de 234 ans, quatorze sultanes mères se succédèrent ainsi à la tête du Harem de Topkapı, exerçant parfois une influence politique considérable – surtout au XVII<sup>e</sup> siècle durant l’ère dite du « sultanat des femmes » où des sultans mineurs laissaient les rênes du pouvoir à leur mère ou à leurs épouses favorites. Au total, le Harem de Topkapı comprenait près de 400 pièces (appartements, salles de garde, bains, cours intérieures, etc.) organisées autour de plusieurs cours et dédale de couloirs grillagés. Seule une quarantaine de ces pièces sont ouvertes au public aujourd’hui, mais ce parcours suffit à imaginer la vie qui animait ce microcosme. Le Harem abritait non seulement les épouses légitimes du sultan (kadın ou sultanes épouses), ses concubines favorites (haseki dont la célèbre Roxelana/Hürrem fut l’exemple le plus fameux), ses enfants (princes et princesses), mais aussi une foule de servantes, d’eunuques et de personnels dévoués à leur service. À certaines époques fastes, jusqu’à 500 femmes et serviteurs ont pu vivre simultanément dans le Harem, un nombre qui grimpa même à plus de 1 000 en comptant les suites transférées depuis l’ancien palais de Beyazıt sous le sultan Sélim II. Gouverné d’une main de fer par la sultane Validé (mère du sultan régnant) assistée du Kızlar Ağa (eunuque noir en chef, gardien du Harem), le Harem fonctionnait selon un protocole strict et une hiérarchie précise. Contrairement aux fantasmes d’Orient, le Harem n’était pas qu’un lieu de plaisir et de luxure ; c’était aussi une véritable institution éducative. Les jeunes filles, souvent d’origine circassienne, géorgienne ou chrétienne des Balkans, étaient introduites très jeunes au palais et élevées dans le Harem pour y recevoir une éducation raffinée : on leur enseignait les langues, la poésie, la musique ottomane, la danse, la couture, le comportement à la cour, etc. . Seules les plus intelligentes et talentueuses pouvaient espérer attirer l’attention du sultan et devenir ses concubines attitrées – voire obtenir le rang envié d’épouse favorite si elle donnait naissance à un prince héritier. Les autres, après de longues années de service, étaient souvent mariées à de hauts dignitaires de l’Empire avec une généreuse dot, exportant ainsi le savoir-vivre acquis au palais dans la bonne société ottomane. La visite du Harem de Topkapı vous fera traverser plusieurs salles et appartements magnifiquement décorés, qui racontent chacun une page de cette vie de cour féminine. En entrant par la porte des Eunuques Noirs, on découvre la cour des eunuques et leurs dortoirs, puis le ravissant bain double du Harem (un hammam jumeau, avec deux sections identiques décorées de marbre et de faïences, l’une réservée au sultan et l’autre aux femmes). Plus loin se trouve la vaste salle impériale (Hünkâr Sofası), au dôme majestueux, où le sultan réunissait sa famille pour les fêtes, mariages et banquets. C’est sans doute la pièce la plus spectaculaire du Harem, avec son trône au centre et ses galeries en encorbellement pour les dames de la cour. On admire également la chambre de la sultane Validé, ornée de précieuses céramiques d’Iznik du XVI<sup>e</sup> siècle, et les appartements privés du sultan (dont la célèbre chambre de Murad III aux murs couverts de mosaïques bleu turquoise et au plafond d’or fin). À chaque pas, on s’émerveille du raffinement des décors : moucharabiehs finement sculptés, faïences aux motifs floraux, inscriptions calligraphiées de versets, sofas recouverts de brocart… tout évoque l’atmosphère feutrée et luxueuse de cet univers féminin hors du commun. Une anecdote résume bien le caractère inviolable du Harem : au XVe siècle, le chroniqueur Tursun Beg écrivait « Si le soleil, en persan, est considéré comme masculin, on ne le laisserait même pas entrer ici », pour illustrer que cet espace était strictement interdit aux hommes non autorisés. De nos jours, l’accès du Harem est heureusement ouvert à tous les visiteurs curieux, moyennant un billet supplémentaire (à ne pas manquer). C’est l’occasion unique d’arpenter les couloirs secrets où marchèrent Roxelana et les autres sultanes, d’imaginer les chuchotements sous les arcades de la cour des Favorites, ou de ressentir l’écho des récits des Odalisques (servantes du Harem) qui ont alimenté tant d’histoires et de légendes. ALT: Décor intérieur du Harem de Topkapı, avec ses faïences d’Iznik, ses arabesques et son architecture raffinée témoignent du luxe de la vie impériale. (NB : La visite du Harem s’effectue à horaires fixes en petits groupes, pensez à vérifier les créneaux disponibles lors de votre arrivée au palais. Tourismania vous recommande vivement cette visite tant cette section recèle des merveilles, et elle offre un contraste intimiste par rapport aux vastes cours extérieures.) Le Trésor impérial : joyaux et objets légendaires La puissance et la richesse de l’Empire ottoman se reflètent dans la collection éblouissante du Trésor impérial, exposée dans plusieurs salles autour de l’ancien pavillon de Mehmed II (troisième cour). En parcourant ces salles au coffrage voûté, vous découvrirez des joyaux inestimables, armes somptueuses, trônes incrustés de pierres précieuses, vaisselle de cérémonie et pièces d’orfèvrerie, amassés au fil des siècles par les sultans. Parmi les pièces maîtresses, citons le spectaculaire trône d’or de Mahmud I<sup>er</sup>, entièrement recouvert d’or massif et de pierreries, ou encore le délicat berceau impérial ciselé d’argent et de nacre. Deux objets attirent particulièrement tous les regards. D’abord, le fameux diamant du fabricant de cuillères (Kaşıkçı Elması), un diamant de 86 carats à la taille ovale parfaite, entouré de 49 brillants plus petits. La légende veut que ce diamant extraordinaire ait été découvert en 1699 par un chiffonnier dans une décharge d’Istanbul et échangé contre trois cuillères en bois à un marchand ambulant – d’où son nom pittoresque. Passé de main en main, il finit par intégrer le trésor du sultan vers 1774 et brille aujourd’hui de mille feux dans sa vitrine, considéré comme l’un des plus gros diamants connus au monde. Autre pièce iconique : le poignard de Topkapı, une dague à la lame recourbée dont le manche est orné de trois énormes émeraudes en cabochon. Commandé en 1741 par le sultan Mahmud I<sup>er</sup> pour être offert en présent diplomatique au shah perse Nadir, ce poignard n’a jamais atteint son destinataire : le malheureux shah fut assassiné alors que les émissaires ottomans approchaient de la Perse, et le précieux objet retourna finalement enrichir le trésor du palais. Le poignard de Topkapı, au-delà de sa beauté (il est incrusté d’or, de diamants et doté même d’une petite horloge au bout du manche !), symbolise ainsi la richesse et le savoir-faire des artisans ottomans du XVIII<sup>e</sup> siècle. Les salles du Trésor abritent bien d’autres merveilles : aiguières et bassin de cérémonie en or massif, pendule offerte par Louis XIV, coffrets remplis d’émeraudes, plumet ottoman (sorguç) serti de plumes de héron et de rubis, collection de bijoux de sultanes (parures, colliers, boucles d’oreilles d’un raffinement extrême), ou encore la fameuse crèche en or offerte pour la naissance du prince Mehmed en 1582. Chacun de ces objets raconte une histoire de pouvoir, de prestige ou d’alliances. En parcourant le Trésor impérial, on mesure l’ampleur de la richesse accumulée par l’Empire à son apogée, et l’on reste impressionné par la haute sécurité qui devait régner sur ces salles à l’époque (seul le Trésorier en chef en détenait les clés, sous surveillance des eunuques blancs). Aujourd’hui, vous pourrez admirer ces trésors à loisir, derrière la protection discrète des vitrines et sous le regard vigilant du personnel du musée. (Astuce : en été l’attente peut être longue pour entrer dans les salles du Trésor, car l’espace à l’intérieur est exigu. Visitez-les de préférence en tout début de matinée ou en fin de journée, ou pendant l’heure du déjeuner quand la foule diminue. Les chefs-d’œuvre qui vous y attendent valent bien un peu de patience !) Les Cuisines du palais et la vaisselle du sultan À l’extrémité sud de la deuxième cour s’étendent les longues bâtisses des cuisines de Topkapı (Matbah-ı Âmire). Reconnaissables à leurs toits percés de multiples cheminées ventilant la fumée des fourneaux, ces cuisines formaient un ensemble autonome de 10 sections adjacentes, occupant au total près de 5 250 m². Chacune disposait de ses propres fours et équipes de cuisiniers spécialisés : on comptait par exemple des maîtres rôtisseurs, des boulangers, des pâtissiers, des confiseurs, des cuiseurs de pilav (riz) et même des préparateurs de sorbets, chacun excellant dans son art. Au XVI<sup>e</sup> siècle, on dénombrait quelque 60 chefs cuisiniers assistés de 200 aides travaillant en permanence pour nourrir la maisonnée impériale. Et quelle maisonnée ! En temps normal, les cuisines de Topkapı préparaient chaque jour les repas d’environ 4 000 personnes, incluant bien sûr le sultan et le Harem, mais aussi les gardes janissaires du palais, les serviteurs, les pages de l’école d’Enderun, etc.. Lors des grandes fêtes ou des banquets officiels, ce chiffre pouvait grimper jusqu’à 8 000 voire 10 000 convives servis le même jour. Les chroniques rapportent par exemple qu’à l’occasion des fêtes du Ramadan ou des mariages princiers, les marmites de riz au safran (zirva) et de ragoûts parfumés tournaient à plein régime pour rassasier la foule des invités. Au-delà de leur fonction nourricière, les cuisines de Topkapı étaient aussi un lieu de prestige, reflétant le protocole et la générosité du sultan. Les plats de cérémonie – comme le célèbre pilav aux fruits secs et à la cannelle servi aux janissaires lors de la distribution de la solde – avaient un rôle symbolique. La disposition des tables, l’ordonnancement du service et même la qualité des mets servaient un discours politique implicite, où le sultan se posait en père bienveillant nourrissant ses sujets. Un dicton ottoman disait d’ailleurs : “L’État tient par le ventre du soldat”. De nos jours, les vastes salles blanches des cuisines abritent une exposition de l’argenterie, de la vaisselle et des porcelaines précieuses du palais. Ne manquez pas la fabuleuse collection de porcelaines chinoises, l’une des plus riches au monde avec plus de 10 000 pièces, exposée dans des vitrines qui s’étirent à perte de vue. Ces porcelaines, pour la plupart des époques Ming et Qing, étaient très prisées des sultans ottomans qui les collectionnaient pour leur finesse et parce qu’on croyait qu’elles changeaient de couleur en présence de poison. Vous pourrez admirer de délicates assiettes céladon, des services à thé peints à la main, des vases bleus et blancs gigantesques offerts par l’empereur de Chine… Autre curiosité, la batterie de cuisine : de grands chaudrons et marmites en laiton et en cuivre sont exposés, dont certains pouvaient contenir de quoi cuire du riz pour un millier de personnes à la fois ! En parcourant ces cuisines, on imagine sans peine l’activité fébrile qui y régnait : les nuages de fumée épicée, le cliquetis des ustensiles, les ordres du chef des cuisines (le aşçıbaşı) coordonnant ses équipes, tout un univers gastronomique au service de la cour impériale. La Bibliothèque d’Ahmed III : un havre de savoir Au centre de la troisième cour (cour intérieure), trône la petite bibliothèque du sultan Ahmed III. Construite en 1719 sur ordre de ce sultan érudit, passionné d’art et de littérature, la bibliothèque se présente comme un ravissant pavillon de plan octogonal, précédé de marches et ceinturé d’un portique. Son architecture élégante mêle le style classique ottoman aux influences baroques naissantes du XVIII<sup>e</sup> siècle : à l’intérieur, une coupole décorée de motifs floraux surmonte une salle carrée éclairée par des fenêtres à vitraux multicolores. Les murs sont ornés de faïences d’Iznik aux tons bleu-vert, et de précieux panneaux de marqueterie de nacre. À l’époque ottomane, cette bibliothèque (dite Enderun Kütüphanesi) était destinée aux étudiants de l’école du palais et aux hauts fonctionnaires. Elle renfermait des milliers de manuscrits rares, d’ouvrages de théologie, d’histoire, de poésie et de science. On y trouvait notamment des exemplaires richement enluminés du Coran, des recueils de poèmes persans, des traités d’astronomie ou de médecine, que les jeunes pages venaient étudier assis sur des sofas entourant les lutrins. Ahmed III, connu pour son goût des arts, y déposait aussi ses collections personnelles. Le sultan venait parfois s’y recueillir dans le calme pour lire ou discuter avec ses conseillers lettrés. De nos jours, la bibliothèque ne se visite qu’à travers ses ouvertures, mais il faut absolument en faire le tour pour apprécier ses détails. Observez les charmants casiers à livres encastrés, recouverts de portes en bois finement ajouré : ils contenaient autrefois les précieux manuscrits (désormais conservés dans des réserves pour leur protection). À l’extérieur, au pied de l’escalier, on voit encore la petite fontaine de marbre (sabil) qui permettait aux lecteurs de faire leurs ablutions avant de toucher les ouvrages sacrés. La bibliothèque d’Ahmed III constitue un parfait témoignage de l’importance qu’accordait la cour ottomane au savoir et à la transmission du savoir aux élites. Sa présence au cœur même de la cour impériale montre que, parmi les trésors de Topkapı, les livres occupaient une place de choix – un symbole qui ne manquera pas de toucher les bibliophiles et les amateurs d’histoire. Les Pavillons des jardins (Quatrième cour) En continuant votre exploration au-delà de la troisième cour, vous accédez à la quatrième cour du palais, également appelée Sofa-ı Hümayun. Située à l’extrémité du promontoire, cette partie du palais est aménagée en terrasses et en jardins suspendus offrant une vue imprenable sur le Bosphore, la Corne d’Or et la mer de Marmara. Ici, dans ces jardins privés du sultan, s’élèvent plusieurs pavillons exquis (ou kiosques) qui servaient de lieux de détente, de réception informelle ou de retraite spirituelle pour les souverains. Ces petits pavillons, véritables joyaux d’architecture ottomane, datent principalement du XVII<sup>e</sup> siècle et affichent un style classique alliant sobriété extérieure et raffinement intérieur. Le pavillon de Bagdad (Bağdad Köşkü) est sans doute le plus somptueux. Construit en 1639 par le sultan Murad IV pour célébrer sa conquête de Bagdad, il est couvert d’un dôme et entouré d’un portique à colonnes. À l’intérieur, les murs sont habillés de faïences polychromes d’Iznik aux motifs de cyprès et de tulipes, tandis que les fenêtres arborent de jolis vitraux colorés. En son centre trône une élégante cheminée de marbre sculpté. Juste à côté se trouve le pavillon de Revan (Revan Köşkü), édifié en 1636 par le même sultan après la prise d’Erevan : de dimensions plus modestes, il présente également un décor intérieur luxuriant de carreaux bleus et jaunes et de marqueterie. Ces deux kiosques frères, donnant sur la terrasse supérieure, étaient utilisés par le sultan pour se reposer, méditer ou profiter de la fraîcheur du soir en admirant le coucher de soleil sur la ville. À quelques pas, un petit bâtiment cubique attire le regard par son revêtement entièrement couvert de faïences bleues : c’est la chambre de la Circoncision (Sünnet Odası), construite initialement au XVe siècle puis remaniée par Sultan İbrahim I<sup>er</sup> en 1640. C’est ici qu’étaient circoncis rituellement les jeunes princes de la dynastie, lors de cérémonies fastueuses. Le pavillon est orné de magnifiques carreaux d’Iznik du XVII<sup>e</sup> s. à dominance bleue et blanche, considérés comme parmi les plus beaux du palais. Sur la terrasse appelée Marbre (Mermer) Sofa, un charmant belvédère à dôme doré attire les visiteurs : la Kameriye d’Iftariye, une petite gloriette en forme de kiosque ouverte, construite au début du XVIII<sup>e</sup> siècle. C’est là que le sultan venait rompre le jeûne du ramadan (iftar) en profitant de la brise du Bosphore. On imagine le souverain, assis sur des coussins, savourant des dattes et du sorbet de rose en contemplant les lumières du coucher de soleil sur les eaux bleutées… Une image idyllique que les visiteurs d’aujourd’hui peuvent aisément fantasmer en se tenant à cet emplacement stratégique pour la vue. Plus bas, la quatrième cour se prolonge par des jardins en terrasses. On peut y voir le modeste pavillon de Mustafa Paşa (un kiosque en bois du XVIII<sup>e</sup> s.), ainsi que la fine tour du médecin-chef (Hekimbaşı Kulesi). Un peu à l’écart se dresse le pavillon de Mecidiye, dernière construction effectuée à Topkapı en 1840 sous Abdülmecid I<sup>er</sup>, dans un style fortement influencé par l’architecture européenne du XIX<sup>e</sup> siècle. Ce pavillon, qui servit un temps de salle à manger pour le maréchal de la cour, abrite aujourd’hui un café-restauration pour les touristes – l’occasion de faire une pause à la manière des sultans, en dégustant un thé turc avec une vue panoramique sur Istanbul. La promenade dans les jardins supérieurs de Topkapı est un enchantement en soi : on y respire parmi des massifs de roses (réminiscence du temps où le parc de Gülhane en contrebas était le « jardin des roses » du palais) et on profite de vues sublimes. Ne manquez pas de prendre une photo depuis la terrasse de Bagdad Köşkü, avec la silhouette de Sainte-Sophie et des minarets se détachant derrière vous. C’est un des points de vue les plus emblématiques d’Istanbul. Les Reliques sacrées de l’Islam (Kutsal Emanetler) Le palais de Topkapı conserve en son sein un trésor bien plus spirituel mais tout aussi précieux : les Reliques sacrées de l’islam, appelées en turc Kutsal Emanetler ou Mukaddes Emanetler. Il s’agit d’objets et d’effets personnels attribués au prophète Mahomet, à ses compagnons ou à d’autres prophètes de la tradition islamique, que les sultans ottomans conservaient pieusement dans une section spéciale du palais. La plupart de ces reliques furent rapportées à Istanbul par le sultan Yavuz Selim I<sup>er</sup> en 1517, après sa conquête de l’Égypte et sa prise du titre de calife de l’Islam. En s’emparant du Caire, Selim récupéra en effet les regalia du califat abbasside détenus par les Mamelouks, ainsi que des reliques sacrées gardées depuis des siècles, et les transféra à Topkapı pour les mettre à l’abri et les honorer. D’autres reliques ont été envoyées plus tard de diverses contrées du monde islamique pour enrichir cette collection unique. Les reliques sacrées sont exposées dans la Chambre de la Sainte Relique (Hırka-i Saadet Dairesi), située dans la troisième cour, à proximité immédiate des anciens appartements privés du sultan (Has Oda). Cette pièce gardée jour et nuit par des eunuques triés sur le volet était considérée comme un lieu saint : depuis 1517, une récitation ininterrompue du Coran y était pratiquée par rotation de lecteurs afin d’honorer les reliques – une tradition qui perdure symboliquement de nos jours par une lecture audio diffusée en continu dans la salle. Parmi les objets exposés, on peut voir : le manteau du Prophète (Hırka-i Saâdet), précieusement conservé dans un coffret d’or massif;plusieurs poils de la barbe du Prophète (Sakal-ı Şerif);son empreinte de pied sur de l’argile;son arc et ses flèches;ainsi que des objets lui ayant appartenu comme un bol, une lettre scellée ou son sceau officiel. Le site conserve également la lettre du Prophète envoyée au faux prophète Musaylima, divers effets de sa fille Fatima et de son gendre Ali, et les épées des premiers califes (Abou Bakr, Omar, Osman et Ali). Plus impressionnant encore, Topkapı expose des reliques liées aux prophètes de l’Ancien Testament : le bâton de Moïse (considéré comme ayant fendu la mer Rouge), la dépouille du turban du prophète Joseph, le bras momifié du prophète Jean-Baptiste (Yahya) ou encore la casserole du prophète Abraham. On peut aussi y voir la clé de la Kaaba et un morceau de la pierre noire de la Kaaba, précieuse relique de l’Islam. L’ensemble de ces trésors sacrés confère à cette section du musée une atmosphère très particulière, chargée de ferveur. De nombreux visiteurs (notamment musulmans) approchent ces vitrines avec une grande émotion, comme en pèlerinage. Le silence y est requis, et il est recommandé de respecter le recueillement ambiant. Une visite à la salle des Reliques sacrées ne manquera pas de vous marquer, que vous soyez croyant ou simple curieux d’histoire. Elle rappelle que Topkapı n’était pas seulement un palais de plaisirs et de pouvoir, mais aussi un sanctuaire gardien des symboles les plus vénérés de la civilisation islamique. Ne soyez pas surpris de voir certains visiteurs prier ou s’incliner légèrement devant certaines reliques – la foi se mêle ici intimement à l’expérience muséale. Pour le visiteur occidental, c’est l’occasion d’appréhender l’importance spirituelle de l’héritage ottoman, qui revendiquait le rôle de protecteur des lieux saints et des traditions prophétiques.   (Note : La section des Reliques sacrées est très prisée, Tourismania vous conseille de la visiter en fin de parcours quand les groupes sont passés, afin de pouvoir avancer tranquillement devant chaque vitrine. Les photographies y sont interdites, par respect pour les objets exposés.) Ce qu’il ne faut pas manquer lors de la visite Vous voilà prêt à parcourir le palais de Topkapı ! Pour résumer, voici les incontournables à voir absolument lors de votre visite du palais :   La salle d’audience du sultan (Arz Odası) dans la troisième cour – imaginez les ambassadeurs étrangers se prosternant devant le trône du Padishah.   Le Harem impérial (billet séparé) – un voyage fascinant dans l’intimité des sultans, à travers des pièces richement ornées de faïences et dorures.   Le Trésor impérial – émerveillez-vous devant le diamant du Kaşıkçı, le poignard émeraude et d’autres joyaux fabuleux du butin ottoman. Les pavillons du quatrième cour – notamment le pavillon de Bagdad et la terrasse d’Iftariye, pour la vue panoramique sur Istanbul et le Bosphore. Les Reliques sacrées – une expérience spirituelle unique en observant le manteau du Prophète et les reliques vénérées de l’Islam.   La cuisine et la porcelaine chinoise – admirez la batterie de cuisine ottomane et la collection de porcelaines Ming/Qing dans les cuisines du palais.   La bibliothèque d’Ahmed III – un petit bijou d’architecture au milieu de la cour, symbole de l’amour du savoir chez les sultans.   Bien sûr, le palais recèle bien d’autres curiosités (la salle du Divan et sa grille dorée, la tour de Justice, la mosquée du palais, les jardins de Gülhane attenants, etc.), mais en ciblant ces points forts vous serez sûr de profiter au mieux de la visite. En cas de temps limité, Tourismania vous suggère de privilégier le Harem, le Trésor et la vue depuis les pavillons, qui constituent vraiment l’essence de l’expérience Topkapı pour un visiteur.   Conseils pratiques pour votre visite du palais Topkapı   Horaires et jours d’ouverture : Le musée de Topkapı est ouvert tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi (jour de fermeture hebdomadaire). La dernière entrée se fait à 17h, mais pour bien profiter de la visite, prévoyez d’arriver avant 16h30 car le complexe est vaste et nécessite au minimum 2 à 3 heures de visite. Notez que lors de certaines fêtes religieuses (par exemple le premier jour du Ramadan ou de la Fête du Sacrifice), le palais peut ouvrir plus tard dans la journée – renseignez-vous si vous voyagez à ces dates.   Billetterie : L’entrée du palais (sections principales) coûte environ 700 TL pour les étrangers (tarif 2024, sujet à modifications) et inclut les cours, pavillons, Trésor et reliques. Le Harem n’est pas compris dans ce billet et requiert un billet additionnel (environ 300 TL). Il existe un billet combiné « tout compris » englobant le palais + Harem (+ le musée Sainte-Irène voisin) à un tarif avantageux (autour de 1000 TL). Si vous comptez tout voir, ce combiné est intéressant et vous évite de refaire la queue pour le Harem. Par ailleurs, le Museum Pass Istanbul (carte musée forfaitaire) est valide pour le palais principal mais ne couvre pas le Harem – vous devrez quand même acheter le supplément Harem. Achetez vos billets en ligne à l’avance si possible, ou venez tôt le matin à l’ouverture pour éviter la file d’attente qui peut atteindre 30-60 minutes en haute saison. Meilleur moment pour visiter : Topkapı est très fréquenté, notamment d’avril à octobre et les weekends. Pour profiter d’une expérience plus paisible, essayez d’arriver dès 9h à l’ouverture (vous serez parmi les premiers dans le Harem ou le Trésor) ou au contraire en fin d’après-midi vers 16h (après le départ des groupes touristiques). Le mercredi matin et le jeudi sont souvent un peu plus calmes que le weekend. En plein été, privilégiez le matin pour éviter les grosses chaleurs dans les cours extérieures. Visite guidée ou audio-guide : Le site est vaste et riche en histoire. Un audio-guide multilingue est disponible en location à l’entrée et s’avère utile pour saisir le contexte de chaque section. Alternativement, vous pouvez opter pour une visite guidée avec un guide professionnel, ce que Tourismania recommande vivement pour donner vie aux anecdotes et vous orienter efficacement. De nombreuses agences (dont Tourismania) proposent des tours guidés francophones du palais, souvent combinés avec Sainte-Sophie et la Mosquée bleue à proximité. Commodités : Sur place, vous trouverez des toilettes dans chaque cour, une cafétéria dans la quatrième cour (au pavillon de Mecidiye) avec une vue magnifique, ainsi qu’une boutique de souvenirs à la sortie du Trésor. Les poussettes ne sont pas autorisées dans certaines sections intérieures (Harem, Trésor) – prévoyez un porte-bébé si vous venez avec un tout-petit. Photographier est permis dans les cours et la plupart des salles, sauf dans la salle des Reliques sacrées et le Trésor où c’est interdit ou restreint (respectez les consignes sur place).   Accessibilité : Le palais comporte quelques escaliers et pavés inégaux, ce qui peut être un défi pour les personnes à mobilité réduite. Cependant, l’essentiel des cours est de plain-pied. Un fauteuil roulant peut être emprunté à l’accueil si besoin. En suivant ces conseils, votre visite du palais de Topkapı n’en sera que plus réussie. Vous plongerez dans un voyage dans le temps, à l’époque des sultans ottomans, entre luxe, pouvoir et spiritualité. İyi geziler ! (Bonne visite !) Et n’oubliez pas, Tourismania reste à vos côtés pour d’autres découvertes inoubliables à Istanbul, la ville où chaque pierre raconte une histoire.
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