Sultanahmet : guide complet du quartier historique d’Istanbul
Minarets élancés, dômes majestueux, ruelles chargées d’histoire… La silhouette emblématique de la Mosquée Bleue et de Sainte-Sophie se détache sur le ciel d’Istanbul, incarnant toute la grandeur du quartier historique d’Istanbul : Sultanahmet. Ce quartier, véritable musée à ciel ouvert, fut le cœur névralgique de trois empires successifs – romain, byzantin puis ottoman – dont chaque civilisation a enrichi le paysage de monuments grandioses. Au fil de ses sites légendaires (de la Mosquée Bleue à Sainte-Sophie en passant par le palais de Topkapi), Sultanahmet raconte l’histoire d’Istanbul tout en offrant aux voyageurs d’aujourd’hui une immersion fascinante dans le passé. Dans ce guide Tourismania, partons à la découverte de Sultanahmet : son histoire impériale, ses monuments emblématiques, des anecdotes sur la vie quotidienne à l’époque ottomane, sans oublier les conseils pratiques pour profiter pleinement de votre visite lors de votre voyage à Istanbul.
Histoire du quartier et du sultan Ahmed Ier
Sultanahmet doit son nom au sultan ottoman Ahmed Ier (1590-1617), connu pour avoir érigé la fameuse Mosquée Bleue au début du XVIIème siècle. Mais bien avant cela, le quartier était déjà le centre de Constantinople : l’empereur romain Constantin en fit la capitale de l’Empire romain d’Orient en 330, lançant la construction du grand Hippodrome pour les courses de chars et des premières églises impériales. Durant le millénaire byzantin, cette zone – alors nommée Augustaion ou At Meydanı (place du Hippodrome) – abritait le Palais impérial, la basilique de Sainte-Sophie (achevée en 537) et le Hippodrome qui servait aux célébrations publiques.
En 1453, la conquête de Constantinople par les Ottomans marque le début d’un nouveau chapitre. Le sultan Mehmed II s’établit dans l’ancien Palais des empereurs byzantins puis fait construire le palais de Topkapi à l’extrémité de la presqu’île historique, affirmant le triomphe et la continuité du pouvoir impérial ottoman. Sultanahmet devient alors le cœur de l’Empire ottoman naissant : Sainte-Sophie est convertie en mosquée impériale dès 1453, symbolisant la victoire ottomane sur Byzance, et le quartier accueille progressivement de nouvelles fondations (bains, marchés, écoles coraniques) au service de la capitale du Sultan.
Arrivé sur le trône en 1603 à l’âge de 14 ans, Ahmed Ier hérite d’un empire puissant mais éprouvé par des conflits peu concluants. Après la paix de Zsitvatorok en 1606 – perçue comme un revers pour le prestige ottoman – le jeune sultan décide de restaurer la gloire de son règne par un geste architectural fort. Il entreprend alors la construction d’une nouvelle mosquée monumentale face à Sainte-Sophie. C’est une démarche audacieuse : aucun sultan n’avait construit de mosquée impériale depuis plus de 40 ans. Ahmed Ier fait raser les vieux palais de vizirs qui occupaient l’emplacement choisi, au sud-est de l’ancien Hippodrome. Le lieu est hautement symbolique, directement en vis-à-vis de Sainte-Sophie, de sorte que la nouvelle mosquée dominera la silhouette de la ville et rivalisera avec la prestigieuse basilique byzantine. Le projet suscite d’abord des critiques : le trésor impérial doit financer les travaux faute de victoires militaires récentes pouvant fournir un butin, ce que les autorités religieuses (oulémas) désapprouvent – allant jusqu’à déconseiller aux fidèles de prier dans la future mosquée. Malgré tout, Ahmed Ier persévère. La première pierre est posée en 1609 et le chantier mobilise des milliers d’ouvriers pendant sept ans. Le sultan inaugurera son œuvre en 1616 (ou 1617) lors de grandioses cérémonies publiques. Ces festivités fastueuses, organisées pour célébrer l’achèvement du projet, finissent par rallier la population à la nouvelle mosquée malgré les polémiques initiales. Ahmed Ier meurt peu après, à seulement 27 ans, et sera inhumé dans un mausolée adjacent à la mosquée qu’il a fondée. Son nom, Sultan Ahmet, restera attaché à ce quartier symbole de la puissance ottomane.
La Mosquée Bleue : histoire, architecture et conseils de visite
Un chef-d’œuvre voulu par Ahmed Ier
La Mosquée Bleue (Sultanahmet Camii en turc), achevée en 1616, est sans conteste le monument phare du quartier. Chef-d’œuvre d’architecture islamique classique, elle fut conçue par l’architecte Sedefkar Mehmed Ağa – élève du grand Sinan – avec pour ambition d’égaler la splendeur de Sainte-Sophie. Vue de l’extérieur, la mosquée impressionne par sa cour immense, ses cascades de dômes et surtout ses six minarets, un nombre inédit à l’époque pour une mosquée d’Istanbul. Une légende populaire raconte que le sultan Ahmed aurait demandé des minarets en or (altın en turc) et que l’architecte aurait compris six (altı) minarets, donnant à la Mosquée Bleue ses six flèches caractéristiques. Vrai ou non, ce choix fit scandale car seule la mosquée sacrée de La Mecque possédait alors autant de minarets. Pour apaiser les critiques, Ahmed Ier finança la construction d’un septième minaret à La Mecque afin de préserver la prééminence de celle-ci.
À l’intérieur, la Mosquée Bleue doit son surnom aux 20 000 céramiques d’Iznik émaillées de bleu turquoise et de motifs floraux qui tapissent les murs jusqu’aux galeries. La lumière filtrant par plus de 200 vitraux colore l’espace et met en valeur la décoration délicate. La salle de prière, pouvant accueillir des milliers de fidèles, est surmontée d’un vaste dôme central de 23,5 m de diamètre culminant à 43 m de hauteur, entouré de demi-dômes harmonieux. L’ensemble crée un effet de perspective grandiose mais équilibré, illustrant le savoir-faire ottoman au sommet de son art. Juste au-dessus du mihrab (niche indiquant la direction de La Mecque), se trouve une calligraphie byzantine et islamique, rappel symbolique de la continuité entre Sainte-Sophie et la mosquée impériale voisine. On remarque également la loge du sultan (hünkâr mahfili), perchée sur des colonnes de marbre, d’où le souverain assistait aux offices en toute sécurité.
La Mosquée Bleue incarne la dévotion d’Ahmed I<sup>er</sup> et la puissance sacrée qu’il voulait conférer à son règne. Son édification en 1609-1616 fut « une déclaration de pouvoir et d’art », cimentant Istanbul en tant que cœur du monde ottoman ». Effectivement, par son ampleur et sa somptuosité, la Mosquée Bleue exprimait à la fois la piété du sultan et la grandeur impériale. Elle s’inscrit aujourd’hui encore parmi les monuments les plus admirés de la ville, et a même donné son nom au quartier (place Sultanahmet).
Conseils pratiques pour la visite
Horaires et accès : La Mosquée Bleue est un lieu de culte actif, l’entrée y est gratuite et ouverte à tous en dehors des heures de prière. Prévoyez votre visite en dehors des 5 prières quotidiennes (particulièrement autour de la grande prière du vendredi à midi, où la mosquée ferme aux visiteurs non-musulmans). Les meilleurs moments pour visiter sont tôt le matin ou en fin d’après-midi en semaine, lorsque l’affluence touristique est plus faible. Depuis la fin d’une restauration majeure en 2023, l’édifice a retrouvé tout son éclat et ses espaces intérieurs sont entièrement visibles sans échafaudages.
Tenue vestimentaire : Une tenue décente est de rigueur (épaules et jambes couvertes, et les femmes doivent se couvrir les cheveux). Des foulards et des jupes longues sont généralement prêtés gratuitement à l’entrée si besoin. Pensez à vous déchausser avant d’entrer (des sacs en plastique sont fournis pour porter vos chaussures).
À l’intérieur : Une fois à l’intérieur, déplacez-vous silencieusement le long des zones autorisées aux visiteurs. Le sol est recouvert de moquette moelleuse ; profitez-en pour vous asseoir un moment et contempler la coupole bleutée et les motifs floraux qui semblent suspendus au-dessus de vous. Levez les yeux vers la galerie supérieure (réservée à la prière des femmes) pour admirer de plus près les faïences d’Iznik. N’hésitez pas à laisser un don à la sortie dans les boîtes prévues, afin de contribuer à l’entretien de ce joyau.
Anecdote : Juste derrière la Mosquée Bleue se trouve un petit bazar appelé Arasta Bazaar, construit à l’origine comme partie du complexe de la mosquée. On y trouvait autrefois près de 200 boutiques d’artisans, dont les revenus finançaient l’entretien de la mosquée. Incendié au début du XX<sup>e</sup> siècle, ce marché a été restauré et abrite aujourd’hui des échoppes de souvenirs et d’artisanat – un lieu parfait pour flâner après la visite et acheter un tapis ou des céramiques, perpétuant la tradition commerciale du quartier.
Autres monuments majeurs de Sultanahmet
Sultanahmet concentre une incroyable richesse de monuments historiques à quelques minutes de marche les uns des autres. Après la Mosquée Bleue, voici les autres sites incontournables à Sultanahmet :
Sainte-Sophie (Hagia Sophia)
Autre star de la place Sultanahmet, Sainte-Sophie (Ayasofya en turc) est un monument à la croisée des mondes. Érigée en 537 sous l’empereur byzantin Justinien, cette ancienne basilique chrétienne fut pendant près de 900 ans la plus grande église du monde. Sa massive coupole de 31 m de diamètre posée à 55 m de hauteur semblait défier les lois de l’ingénierie au VIeme siècle, faisant de Sainte-Sophie un chef-d’œuvre de l’architecture byzantine. En 1453, le sultan Mehmed II s’empare de Constantinople et, admirant la beauté de Sainte-Sophie, la transforme immédiatement en mosquée impériale. Minarets, mihrab et minbar sont ajoutés à l’édifice, tandis que les mosaïques chrétiennes sont recouvertes (certaines seront redécouvertes bien plus tard). Sainte-Sophie sert de mosquée ottomane pendant près de cinq siècles, jusqu’en 1934 où elle est sécularisée et convertie en musée par Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République turque. Ce statut muséal, qui a permis à tous de contempler ses trésors artistiques, a duré jusqu’en 2020, année où un décret a reclassé Sainte-Sophie en mosquée active, suscitant un vif émoi international.
Aujourd’hui, Sainte-Sophie accueille de nouveau les fidèles musulmans tout en restant ouverte aux visiteurs de toutes confessions. L’entrée y est gratuite (mais attendez-vous à de longues files en haute saison). À l’intérieur, laissez-vous éblouir par la vasteté du volume central et par la lumière dorée qui baigne la nef. Les immenses médaillons calligraphiés du XIXeme siècle côtoient les vestiges de mosaïques byzantines aux étages supérieurs, témoignant de la double identité du lieu. En levant les yeux vers la coupole, vous apercevrez peut-être les silhouettes ailées des six anges séraphins qui veillent aux quatre coins, restaurés partiellement. N’oubliez pas de visiter la cour des ablutions et les tombeaux des sultans ottomans situés dans les jardins extérieurs, où reposent entre autres les sultans Mourad III et Mehmed III dans de beaux turbehs décorés de faïences.
Hippodrome (Place Sultanahmet)
Juste à côté de la Mosquée Bleue s’étend une large esplanade piétonne parsemée de monuments antiques : c’est l’ancien Hippodrome de Constantinople, aujourd’hui aménagé en place Sultanahmet. À l’époque romaine et byzantine, ce gigantesque stade pouvait accueillir jusqu’à 100 000 spectateurs pour les courses de chars, faisant vibrer la ville au rythme des rivalités entre “Bleus” et “Verts” (les deux équipes de cochers célèbres). Sous les Ottomans, les courses cessèrent et le lieu – rebaptisé At Meydanı (« place aux chevaux ») – servit de place publique pour des cérémonies, des parades et même des fêtes foraines en plein air. Par exemple, en 1582, une somptueuse fête de circoncision pour le fils du sultan Murad III dura 50 jours à l’Hippodrome, avec des défilés de corporations et des spectacles offerts au peuple. Le sultan lui-même assistait à ces festivités depuis le pavillon impérial (kathisma) surplombant la piste – une manière de manifester sa générosité et sa puissance aux yeux de ses sujets.
Bien que le grand stade ne soit plus qu’un souvenir (ses gradins en marbre ont disparu au fil des siècles, souvent réutilisés comme matériaux de construction), l’esplanade actuelle conserve trois monuments alignés à l’emplacement de l’ancienne spina (la médiane de la piste) :
L’Obélisque de Théodose : une colonne monolithique de granit rose haute de ~20 m, provenant du temple d’Amon à Karnak (Égypte) et érigée ici en l’an 390 apr. J.-C. par l’empereur romain Théodose. Son socle de marbre est sculpté de bas-reliefs montrant l’empereur offrant une couronne au vainqueur, ce qui permet d’imaginer la splendeur des jeux d’alors. Âgée de plus de 3 500 ans, cette aiguille antique est étonnamment bien conservée.
La Colonne Serpentine : vestige d’un trépied en bronze dédié à Apollon à Delphes, rapporté par l’empereur Constantin en 324. Elle était à l’origine formée de trois serpents entrelacés supportant un trépied d’or. Les têtes de serpents ont subsisté jusqu’au XVIIeme siècle – on peut d’ailleurs en voir des fragments au Musée archéologique d’Istanbul – mais elles furent endommagées vers 1700. La base torsadée de la colonne, elle, reste visible dans une fosse protégée.
La Colonne de Constantin VII (Obélisque de Pierre) : une haute colonne de maçonnerie érigée au Xe siècle par l’empereur byzantin Constantin Porphyrogénète. Elle était autrefois recouverte de plaques de bronze doré, pillées par les croisés en 1204. Il n’en reste que le fût nu en pierres, d’environ 32 m de haut, que l’on aperçoit à l’extrémité ouest de la place.
Au nord de l’esplanade, ne manquez pas le joli pavillon du Kaiser Guillaume (Alman Çeşmesi), une fontaine octogonale en marbre et mosaïques dorées offerte par l’empereur allemand Guillaume II en 1900, qui rappelle les alliances de l’époque et offre aujourd’hui de l’ombre aux passants.
Se promener sur l’ancienne piste de l’Hippodrome, entre ces monuments millénaires, est une expérience en soi. On peut facilement imaginer les acclamations du public d’autrefois en contemplant ces vestiges. De nos jours, la place Sultanahmet est un lieu de flânerie apprécié, avec des bancs, des jardins fleuris (splendides au printemps lors de la floraison des tulipes) et des vendeurs ambulants de simit (bretzels au sésame) ou de marrons grillés qui ajoutent à l’ambiance. C’est aussi ici que, les soirs de Ramadan, des illuminations appelées mahya relient les minarets de la Mosquée Bleue, affichant des messages de paix en lettres de lumière – une tradition ottomane perpétuée depuis le XVIeme siècle qui confère à l’esplanade une atmosphère féerique.
Le Palais de Topkapi
Au-delà de la Sainte-Sophie, une grande porte ornée (la Porte Impériale) s’ouvre sur les jardins du palais de Topkapi. Résidence principale des sultans ottomans pendant près de 400 ans, Topkapi fut le centre névralgique du gouvernement impérial depuis Mehmed le Conquérant jusqu’au milieu du XIXème siècle. Construit dans les années 1460 sur le point le plus élevé de la presqu’île, ce palais s’étend sur plusieurs hectares, organisé en quatre cours successives gardées autrefois par les célèbres janissaires. Chaque cour menait à des espaces de plus en plus privés – des pavillons administratifs de la première cour aux appartements intimes du sultan dans la quatrième cour.
Aujourd’hui transformé en musée, Topkapi offre une plongée fascinante dans la vie de la cour ottomane. Parmi les sites marquants, on peut citer : la Salle du Trône (ou salle d’audience) où le sultan recevait vizirs et ambassadeurs ; les trésors impériaux exposant bijoux, armes incrustées de pierreries, et notamment le célèbre diamant du Fabricant de cuillères (86 carats !) ; la Chambre des Reliques Sacrées qui conserve des reliques vénérées de l’islam (le manteau et l’épée du prophète Mahomet, des poils de sa barbe, etc.) ; sans oublier le mythique Harem aux couloirs labyrinthiques, décoré de faïences colorées, qui abritait la mère du sultan (la puissante Valide Sultan), ses épouses, concubines et les eunuques. En parcourant ces lieux, on visualise aisément le faste et le cérémonial qui entouraient la dynastie ottomane au faîte de sa puissance.
Du dernier jardin du palais, près du kiosque Baghdad, on profite d’un panorama exceptionnel sur le Bosphore, la Corne d’Or et la rive asiatique – un point de vue autrefois réservé au sultan pour contempler son empire. Conseils de visite : Topkapi est fermé le mardi (prévoir votre planning en conséquence). Pour éviter la foule, arrivez dès l’ouverture (9h) et commencez par le Harem (accès payant en supplément) avant le gros des visiteurs. Comptez au minimum 3 heures pour une visite complète.
La Citerne Basilique
Juste en face de Sainte-Sophie se cache un trésor souterrain insoupçonné : la Citerne Basilique (Yerebatan Sarnıcı). Construite au VIème siècle sous Justinien, cette gigantesque réserve d’eau potable pouvait contenir jusqu’à 80 000 m³ d’eau acheminée par aqueduc depuis les forêts de Thrace. Longue de 140 m pour 70 m de large, la citerne ressemble à un palais englouti, soutenu par 336 colonnes de marbre alignées en 12 rangées – d’où son surnom de « palais submergé ». Redécouverte par les Ottomans bien plus tard (on raconte qu’au XVIème siècle, certains stambouliotes pêchaient des poissons directement depuis leur sous-sol grâce à ce réservoir oublié!), elle a été ouverte au public après restauration dans les années 1980. L’atmosphère qui y règne est magique : une pénombre fraîche, le son de l’eau qui goutte, des jeux de lumière rougeoyante mettant en valeur les rangées infinies de colonnes se reflétant dans quelques centimètres d’eau. Deux colonnes célèbres intriguent particulièrement les visiteurs pour les bases sculptées de têtes de Méduse renversées, vestiges antiques réutilisés dont la symbolique exacte reste mystérieuse. La visite de la citerne (payante, environ 190 ₺ en 2025) offre un moment de calme insolite, à l’écart de l’agitation de la surface. Un petit café attend à la sortie pour remonter à la lumière du jour en douceur.
Autres sites d’intérêt
Musée des Arts turcs et islamiques : situé dans l’ancien palais d’İbrahim Pacha (grand vizir de Soliman le Magnifique) sur la place de l’Hippodrome, ce musée renferme de splendides collections de tapis ottomans, de calligraphies, de céramiques seldjoukides et d’objets ethnographiques retraçant la vie quotidienne ottomane. Une visite enrichissante pour compléter votre immersion historique (comptez 1h, entrée ~120 ₺).
Parc de Gülhane : juste en contrebas de Topkapi, ce vaste parc public occupe les anciens jardins extérieurs du palais. Parfait pour une pause verte, il offre des allées ombragées de platanes, des aires de pique-nique et, au printemps, de magnifiques parterres de tulipes multicolores. Le musée des sciences et de la technologie en islam, discret, s’y cache également. En sortant côté mer, on débouche sur le front de mer du Bosphore.
Grand Bazar (Kapalıçarşı) : bien qu’à la limite du quartier (10-15 minutes à pied de Sultanahmet), le Grand Bazar mérite une mention. Ce labyrinthe couvert de 4 000 boutiques est un paradis du shopping oriental (épices, bijoux, lanternes, textiles…). C’est l’un des plus anciens marchés couverts au monde, fondé au XVème siècle. Une expérience à ne pas manquer pour qui aime marchander et s’imprégner de l’ambiance d’antan.
Vie quotidienne à l’époque ottomane dans le quartier
Plonger dans Sultanahmet à l’époque ottomane, c’est imaginer l’effervescence d’un centre impérial au XVIIème siècle. La vie quotidienne du peuple s’y déroulait au rythme des appels à la prière et sous l’œil symbolique du sultan. Aux aurores, le muezzin de Sainte-Sophie puis de la Mosquée Bleue appelait les fidèles du quartier à la prière de l’aube. Les rues s’animaient alors : marchands ambulants proposant du pain frais et du café, écoliers en turbans se rendant à la madrasa, fonctionnaires et janissaires quittant la caserne pour rejoindre la cour du palais de Topkapi toute proche.
Autour de la Mosquée Bleue, le complexe (külliye) créé par Ahmed Ier jouait un rôle social de premier plan. Outre le lieu de prière, on y trouvait une école (madrasa) pour l’instruction religieuse, un hôpital (daruşşifa) et un imaret (soupe populaire) où les plus démunis pouvaient recevoir chaque jour un repas chaud. Ces institutions charitables, financées par le sultan, reflétaient la philosophie ottomane selon laquelle l’architecture religieuse devait aussi servir au bien-être public. Ainsi, de bon matin, de longues files de pauvres et de voyageurs affluaient vers la cuisine publique de la mosquée pour recevoir du pain et un bol de soupe. Les étudiants en théologie, quant à eux, étudiaient les textes dans la cour de la madrasa attenante, sous les arcades, et allaient prier en groupe à la mosquée aux heures prescrites.
Sur la place de l’Hippodrome (At Meydanı), la vie était tout aussi animée. En journée, cette vaste esplanade faisait office de marché en plein air les jours de fête, et de terrain d’exercices pour les cavaliers impériaux. Les enfants jouaient autour des fontaines, des conteurs publics (les meddah) amusaient les foules à l’ombre des colonnes antiques, et les charrettes de vendeurs de sherbet (boisson sucrée) circulaient entre les badauds. Le vendredi, jour sacré, une atmosphère particulière régnait : le Sultan quittait son palais de Topkapi en grand apparat, accompagné d’une procession de gardes et de vizirs, pour venir accomplir la prière du vendredi à Sainte-Sophie (jusqu’en 1616) puis à la Mosquée Bleue une fois celle-ci construite. La foule se massait le long du parcours pour apercevoir le souverain. Voir le sultan en personne, entouré de ses étendards et de ses gardes en uniformes d’apparat, était un événement mémorable pour le peuple – une manifestation de la puissance impériale mise en scène dans l’espace public. Les mosquées de Sultanahmet, avec leurs dimensions colossales et leurs six minarets dans le cas de la Mosquée Bleue, étaient elles-mêmes des symboles visibles de cette puissance : on ne pouvait parcourir le quartier sans ressentir l’aura du Sultan, ombra benevolenta planant sur la ville grâce à ses monuments.
Le soir venu, le quartier prenait une autre tonalité. À la tombée de la nuit, les ruelles s’illuminaient faiblement à la lueur des lampes à huile. En été, les habitants aimaient à se retrouver dans les jardins autour des mosquées pour profiter de la fraîcheur : on étendait des nattes, on buvait du thé ou on fumait le narguilé tout en devisant. Pendant le mois de Ramadan, Sultanahmet vibrait d’une ferveur particulière : à la rupture du jeûne, de grandes tablées collectives étaient dressées par le Sultan pour nourrir gratuitement des centaines de personnes sur l’hippodrome – un geste de générosité impériale. Des lanternes étaient suspendues entre les minarets de la Mosquée Bleue, formant des mahya affichant des messages religieux en lettres de feu, offrant un spectacle lumineux enchanteur au-dessus de la place. On flânait tard le soir, visitant parents et amis, tandis que les pâtissiers vendaient du güllaç (dessert traditionnel du Ramadan) et que résonnaient les chants spirituels depuis les mosquées.
Ainsi, la vie quotidienne à Sultanahmet à l’époque ottomane oscillait entre spiritualité, sociabilité et spectacle du pouvoir. Chaque habitant, du simple artisan au grand vizir, évoluait dans le décor monumental voulu par les sultans : prier sous les immenses coupoles, étudier dans l’ombre des minarets, assister aux célébrations fastueuses offertes par le palais. L’architecture et l’urbanisme du quartier jouaient un rôle de théâtre où se déployait la puissance impériale – que ce soit à travers la solennité des mosquées impériales ou l’animation de l’hippodrome lors des cérémonies publiques. Sultanahmet était le reflet vivant de l’ordre ottoman, un microcosme où se mêlaient la foi, le pouvoir et la vie du peuple.
Sultanahmet aujourd’hui : que voir, que faire, quand visiter
Après ce voyage dans le temps, revenons au présent. Sultanahmet aujourd’hui est à la fois un haut lieu touristique et un quartier qui a su conserver une ambiance authentique. Voici que voir et que faire à Sultanahmet pour profiter au mieux de votre visite :
S’émerveiller devant la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie : De jour comme de nuit, ces deux édifices emblématiques offrent un tableau époustouflant. Ne manquez pas de revenir le soir pour admirer la Mosquée Bleue illuminée et Sainte-Sophie baignée de lumière dorée – un moment magique pour les photographes. (Astuce Tourismania : la place entre les deux monuments, près de la fontaine, offre la meilleure perspective pour un cliché souvenir !)
Explorer le palais de Topkapi : Plongez dans l’univers des sultans ottomans en visitant les salles du trésor, le harem et les jardins sur le Bosphore. Vous y verrez des reliques uniques et ressentirez l’atmosphère feutrée des intrigues de palais. Un guide (ou audioguide) est recommandé pour saisir toutes les anecdotes historiques.
Flâner sur la place de l’Hippodrome : Identifiez les trois colonnes monumentales et imaginez les courses de chars d’autrefois. Asseyez-vous sur un banc près de la fontaine allemande, regardez les familles se promener et laissez-vous imprégner par la quiétude de ce lieu pourtant témoin de tant d’Histoire.
Descendre dans la Citerne Basilique : Cette expérience hors du commun vous transportera dans un décor digne des contes des Mille et Une Nuits. La fraicheur souterraine est aussi un agréable répit en été. Réservez vos billets en ligne à l’avance en haute saison pour éviter la queue.
Chiner au Bazar d’Arasta : Derrière la Mosquée Bleue, ce petit bazar est idéal pour acheter des souvenirs sans l’agitation du Grand Bazar. Tissus, céramiques, épices et nappes brodées… Vous y trouverez votre bonheur tout en discutant avec des commerçants chaleureux (souvent moins pressants qu’au Grand Bazar). Pensez à marchander avec le sourire.
Déguster les spécialités locales : Faites une pause gourmande chez Tarihi Sultanahmet Köftecisi, institution réputée pour ses köfte (boulettes de viande grillées) servies avec du pain frais et du piyaz (salade de haricots). Pour le dessert, goûtez un baklava au miel ou une délicieuse glace turque dondurma. Et pourquoi pas un thé à la pomme ou un café turc, confortablement installé en terrasse face à Sainte-Sophie ?
Vivre un bain turc traditionnel : Offrez-vous un moment de détente au hammam Hürrem Sultan (aussi appelé Hammam de Roxelana), situé entre Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue. Construit au XVIème siècle par l’architecte Sinan pour la sultane Roxelana, il a été superbement restauré. Gommage au savon noir, massage moussant sous la coupole de marbre – une expérience culturelle et relaxante inoubliable dans un cadre historique.
Se promener dans le vieux quartier : En vous éloignant un peu de la foule, perdez-vous dans les ruelles autour de Sultanahmet. Le quartier de Cankurtaran, juste derrière Sainte-Sophie, dévoile de jolies maisons en bois ottomanes restaurées, des petits hôtels de charme et des cafés discrets. On y aperçoit des chats d’Istanbul se prélassant sous les glycines et l’on découvre la vie de quartier, plus tranquille, à deux pas des monuments.
Quand visiter Sultanahmet ? (Climat et affluence)
La meilleure période pour visiter Sultanahmet – et Istanbul en général – se situe au printemps (avril-mai) et à l’automne (septembre-octobre). Durant ces saisons, le climat est doux et agréable, les jardins du quartier sont fleuris (mention spéciale aux tulipes en avril) et l’on évite la foule estivale ainsi que les grosses chaleurs. L’été (juin à août) offre bien sûr des journées ensoleillées et de longues soirées, mais attendez-vous à une affluence touristique maximale autour des sites emblématiques, des files d’attente plus longues et à une chaleur parfois humide en plein après-midi. Si vous visitez en été, prévoyez vos visites tôt le matin ou en fin de journée pour éviter le pic de chaleur et la foule, et profitez de la pause de midi pour vous attabler à l’ombre d’un café ou faire une sieste à l’hôtel.
L’hiver à Istanbul (décembre à mars) est frais et parfois pluvieux, avec même quelques chutes de neige certains jours de janvier-février. La fréquentation touristique baisse nettement, ce qui peut être un avantage si vous aimez les atmosphères plus calmes. Visiter Sultanahmet sous quelques flocons peut avoir un charme fou – imaginez la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie poudrées de blanc ! – mais gardez à l’esprit que les journées sont courtes et que certaines infrastructures tournent au ralenti hors saison.
En termes d’horaires, sachez que Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue ouvrent dès 9h (sauf pendant les prières). Topkapi ouvre à 10h et ferme assez tôt (16h-18h selon la saison), donc mieux vaut y aller le matin. La Citerne Basilique est ouverte tous les jours jusque 22h, une bonne option pour la fin d’après-midi. Le Grand Bazar est fermé le dimanche, tandis que le Bazar d’Arasta est ouvert tous les jours.
Enfin, si vous le pouvez, évitez les jours fériés locaux et les week-ends prolongés, où les Stambouliotes eux-mêmes profitent de Sultanahmet en famille – l’affluence peut alors être très importante. En planifiant judicieusement votre visite (Tourismania peut vous y aider !), vous découvrirez Sultanahmet dans les meilleures conditions et apprécierez pleinement chaque moment.
Visiter Sultanahmet, c’est un peu comme feuilleter un livre d’Histoire grandeur nature, chaque page correspond à un monument, chaque chapitre à une époque. Peu de lieux au monde offrent une telle concentration de trésors historiques dans un périmètre aussi restreint. Du sacre des empereurs byzantins aux prières solennelles des sultans ottomans, de l’agitation colorée des marchés aux méditations silencieuses sous les coupoles, Sultanahmet est un voyage dans le temps et l’espace qui ne peut laisser indifférent.
Que vous soyez passionné d’architecture, féru d’histoire ou simplement voyageur en quête d’émerveillement, ce quartier vous enchantera par sa richesse. Prenez le temps de ressentir l’âme des lieux : écoutez l’écho lointain des sabots sur l’hippodrome, le chant du muezzin qui se répercute entre Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, le bruissement du vent dans les cyprès centenaires de Topkapi. Chaque pierre ici a une anecdote à raconter, chaque panorama est une carte postale vivante où passé et présent se rencontrent.
Tourismania espère que ce guide complet vous aura donné envie de partir à la découverte de Sultanahmet, le joyau historique d’Istanbul. En arpentant ce quartier légendaire, vous marcherez sur les traces des empereurs, des sultans et des millions d’anonymes qui ont façonné son histoire. Et nul doute qu’en repartant, vous emporterez avec vous un peu de la magie de Sultanahmet – cette inspiration unique que l’on ressent face à la Mosquée Bleue au crépuscule ou en contemplant les premières lueurs de l’aube sur Sainte-Sophie. Bon voyage à Istanbul et belle découverte de Sultanahmet !
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